Il y a trois manières de faire des essais sur l’IA (Intelligence Artificielle) qui rapportent des vues :
- dire que ça a changé sa vie de codeurs ;
- dire que c’est de la merde non éthique ;
- tenter de concilier les deux avis en un point de vue qui se veut balancer.
Cet essai ne tombe dans aucune des 3 catégories.
D’abord je vais développer comment bien qu’informaticien métier je suis exclu de son utilisation (d’où le titre) et que ceci n’est pas une anecdote.
Ensuite, comme un bon mauvais perdant je vais expliquer que l’IA rien que pour ça c’est de la merde sans causer éthique qui va à l’encontre de la révolution informatique qui était un progrès partagé (kof kof).
Et enfin, je vais conclure sur une note amish de rejet du progrès quand au lieu de nous servir, il nous asservit.
Désespérance d’expérience : c’était mieux avant
Dans les années 80/2000 n’en déplaisent aux vieux cons : il était possible en surfant sur la vague des creux et des hauts de l’informatique, si on ne cherchait pas à être parmi les premiers, de dire que l’informatique était accessible pour les foyers.
Alors, j’émets un sonore kof kof. L’informatique n’a jamais été un loisir vraiment accessible, surtout quand on achetait les jeux et programmes. J’étais moi même pour cette raison au cœur d’un réseau de transit de logiciels déplombés notamment car j’avais le privilège d’avoir un DOUBLE lecteur de disquettes (car j’étais fils de privilégié).
Là, le vent a tourné pour moi, j’ai plus la tune pour acheter ne serait-ce qu’une alimentation qui permettrait d’ajouter une carte graphique à mon vénérable core i3 double cœur. Ce n’est pas grave me direz vous, selon ce site qui donne dans un browser les modèles d’IA tournent sur votre configuration je peux toujours faire tourner Qwen qui a bonne réputation pour les ordis sans GPUs. Et c’est possible qu’un jour je le fasse. Mais, un point en statistique ne fait pas un nuage. Et ça me désespère ; j’aimerais m’amuser avec.
Je n’ai pas surfé sur les vagues du progrès informatique depuis les années 80 avec ses processeurs 8 voir 4 bits comme le HP Saturn sans avoir une apétence pour ce qui est nouveau, kikoo lol.
Et sans tune, sans carte graphique, pas d’expérience sérieuse en IA.
Je pourrais filer la blague -remarquez- et constater que même si les logiciels de moteurs d’IA sont libres, ce n’est pas forcément le cas du plus cher à construire qui est le corpus de données d’apprentissage. Il y a des corpus de données libres, mais pas forcément des corpus de données pré étiquettées.
Voilà, fin de la blague pour moi, il ne me reste plus que la rancœur du fait de mon pouvoir d’achat décroissant face à un coût croissant des composants informatiques et de l’énergie.
Quand je peux pas y accéder c’est de la merde
Comme disait la SNCF dans ses vieilles pubs « le progrès ne vaut que si il est partagé par tous », et je rajoute, si je suis pas dans la combine, le progrès c’est de la merde.
Alors, suis-je un vieux con aigri qui vomit sa haine d’une révolution qui l’écarte lui, et beaucoup d’autres ?
J’ai envie de dire non. Il y a derrière le rejet de la high tech de certaines communautés évangéliques ultraconservatrices une réflexion qui va plus loin que la tech c’est de la merde et j’emmerde le progrès. L’adoption ou le rejet du progrès des Ordnungs amish est même voté une fois l’an après débat.
Le critère principal pour décider de l’adoption est la capacité de disruption sur le quotidien d’une technologie. Et après 18 à 24 mois d’emploi en entreprise la disruption constatée n’est pas forcément plaisante. Je me fais ici l’écho de la constatation d’une intensification du travail : l’IA s’accompagne dans la pratique professionnelle d’une cadence de travail et d’une productivité plus élevée sans mieux être des salarié.e.s.
Je ne sais pas pour vous, mais je sais pour moi ce que j’attends d’une disruption :
- qu’elle me soit bénéfique ;
- et agréable.
Or, il se trouve que j’aime coder. Je vais me mettre du côté des vieux cons qui disent que ce sont surtout les mauvais codeurs qui sont chantres de l’IA et j’assume, et bien évidemment on va me sortir des contre-exemples de développeurs patentés. Préférant consommer local je vous renvoie sur ce fil de linuxfr qui semble pencher vers l’acceptation de l’IA.
Et si les amishs avaient leurs priorités bien ordonnées ?
On voit des communautés amishs sur facebooks, des ouvriers amishs avec outils électriques et certains mêmes qui pratiquent les OGMs. Le rapport à la technologie est loin des préjugés que certains cultivent.
Les Ordnung amishs sont différents dans leurs progrès adoptés même si plutôt « arriérés », mais ils ont en commun de discuter dans leurs communautés démocratiquement pour savoir si le progrès vaut la peine face au Gelassenheit (sérénité en français).
Les amishs font valoir -à l’inverse de la pyramide de nos normes sociales- le local sur le global pour choisir un progrès. Et ça, je crois est le truc que je leur envie.
Ce n’est pas comme le bordel que nos sociétés vivent où un petit paquet de capitalistes décident pour la société entière que l’on doit se mettre à l’IA et basta. Le haut de la pyramide décide et les capitalistes cascadent vers le bas. Imposant non seulement un changement de Gelassenheit, mais aussi de modèle économique à tous.
Leur modèle économique étant fondamentalement solidaire, les tabous de progrès du Ordnung se traduisent en modèle économique choisi.
Et si lutter pour se réapproprier le rythme du progrès était finalement anti-capitaliste ?
Le symptome d’une société capitaliste voir fasciste reste que le haut de la pyramide décide et que les décisions se propagent vers le bas sans le droit à la remise en cause.
On a fait du « progrès » le cas de figure du fascisme acceptable : qui est contre les vaccins à part les arriérés (actuellement on trouve le plus d’antivax historiquement chez les médecins) ?
Nan, sérieux, je prends le cas de la santé et d’un truc qui a fait
ses preuves, mais soyons plus consensuel en prenant un cas de figure où
il y a plus de raisons de douter du progrès :
emacs, mongodb, la bouffe hyperprocessée, les néo-nicotinoïdes, la
voiture thermique, l’agent orange, les ENR ou le nuke selon le point de
vue … je ne sais pas … les exemples de progrès
discutables sont légions et polémiques.
Ne serait-il pas mieux d’être polémiques avant que les progrès soient imposés plutôt que de devoir vivre avec les conséquences (genre la pollution) des progrès imposés ?