L’apartheid social

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L’apartheid social

Encore une poussière qui vole pendant que je trie le cuivre.

Décidément, dans le vide intellectuel de mes tâches manuelles, les poussières semblent déclencher de long train de pensées.

Et je me demande ce que je suis devenu :

  • rien ;
  • ce qui permet à mon patron de faire des millions de bénéfices ;
  • quelqu’un qui aspire à être représenté.

Je sais ça fait beaucoup pour un pas grand chose, et je me rends compte que dans ce monde, du point de vue actuel : je ne suis rien.

Le secret de l’invisibilité

Quand je dis pauvre, je dis pas miséreux, que le manque abîme au point qu’il ne puisse plus travailler, mais le pauvre qui ne peut se payer le superflu et doit par là même accepter n’importe quel travail.

Ne nous méprenons pas : il n’y a rien de mal en soi à être pauvre, le monde n’est pas pourri par les pauvres jusqu’à preuve du contraire.

Être rien : à quoi ça ressemble ?

Si je regardais la télé et que je l’allumais, je ne me verrais ni moi, ni mes pairs. Vous allez me dire : ça tombe bien je ne regarde plus la télévision depuis 2012.

Mais, il n’y pas que là que les « prolos » sont absents, il y a aussi les œuvres de fiction, l’Art, les tribunes publiques, les chaînes youtube … Le pauvre -celui qui ne manque de rien, mais ne peut se payer le superflu- n’intéresse personne. À peine, parfois, les niouzes annoncent elles que le salaire minimum est revalorisé pour ensuite chouiner sur la perte de compétitivité que la hausse des salaires engendrent, alors que cette hausse ne couvre même pas l’inflation.

Les riches s’enrichissent, les pauvres s’appauvrissent dans un silence étourdissant.

les néo-prolétaires

Une classe de la bourgeoisie qui se qualifie de prolétaire (et que je qualifie de pronétaires (déclassée par les technologie de l’information), se prétend prolétaires. Au rang desquels les Artistes, qui refusent qu’on les assimile aux bourgeois alors qu’en réalité ils en sont l’avant garde, comme les sinistres présages de boboisation synonymes de nettoyage urbains que sont les friches artistiques.

Et honnêtement, je les aime pas.

Ce à quoi on me rétorque que les Artistes, les journalistes, les profs ne sauraient être bourgeois car la plupart est pauvre dans un micro système d’exploitation, et logique oblige, selon eux, quand un milieu est excessivement exploiteur alors, c’est qu’il y a une majorité de prolos.

Kof, kof, j’ai été patron überisé à mon compte payé à 365 jours fin de mois par des cascades de profiteurs qui m’exploitaient aussi bien qu’un auto entrepreneur classique, est-ce à dire que les patrons sont des prolétaires ?

Le milieu du luxe est il un symbole du prolétariat ?

Je ne crois pas.

Voyez vous, ce qui me distingue du prolétaire reste mon capital social et culturel par lequel je peux transmettre un savoir implicite (le savoir être) qui est du formel qui s’ignore. Comme un langage secret entre élite qui permet à ma progénie de réussir mieux socialement que le pauvre.

L’art d’avoir la langue fourchue, prétendre en avoir quelque chose à carrer de son prochain, et éviter les mines de la polémique inutile, et savoir quand attiser la haine de l’Autre. C’est un talent. On peut s’en servir pour le bien, où l’utiliser pour déchiffrer les discours officiels sur la tolérance qui cachent d’autres intolérance non dites.

Genre, l’ambivalence à l’étranger selon qu’il soit riche touriste venu pour le plaisir des yeux, le savant ou l’artiste dont on s’émerveillera de son talent, où le pauvre que l’on fustigera. Derrière l’apparente tolérance bourgeoise à l’étranger (qui rime avec le désir de voyage) se cache un mépris de classe à peine voilé.

Le pauvre, lui, hérite de sa position sociale, les néo-prolétaires eux ont en commun en tant que profession intellectuelle, non seulement de participer à la fabrique du tri social, mais aussi de permettre à leurs enfants d’y échapper. Et ça, c’est une putain de différence.

Comprenez, les pauvres sont moins maltraitants avec les enfants que les riches qui trouvent normal d’organiser une compétition entre leurs propres enfants et de choisir les ressources pour ceux et celles (moins souvent) qui ont le droit de réussir en investissant par exemple dans les études ou le premier logement.

C’est ainsi, la bourgeoisie enseigne la maltraitance par le fait même dans sa propre famille. Elle n’hésite pas à envoyer ses enfants dans les écoles privées dont la maltraitance est institutionnelle.

Alors bon, je dis pas que leurs conditions de vie ne se dégradent pas, que leurs revenus sont pas de la merde, mais j’ai une sacrée flopée de bémol à coller à leurs partitions du prolos.

En plus, j’ai envie de dire qu’un métier d’inégalité profonde, est un métier où l’effet de lutte des classes n’a pas lieu et n’a pas joué son rôle d’atténuateur de merde. Autrement dit, sans conscience de classe et de lutte avec les dominants, une classe sociale qui participe au tri social, à l’invibilisation des pauvres, n’est pas prolétaire. C’est juste des aspirants bourgeois ou des bourgeois déclassés.

J’ai envie de dire qu’un milieu excessivement inégalitaire

L’apartheid urbain et physique

L’apartheid social, c’est aussi l’invibilisation du pauvre en centre ville -touristique- sans gogues publiques, avec du mobilier urbain hostile à ceux qui flânent sans argent, des arrêts anti-mendicité, des manques d’aménagements pour les handis.

On ne réalise pas quand on est riche que s’acheter un café à chaque fois qu’on a envie de pisser parce qu’on visite un centre ville sur une journée peut monter à un budget de 15€ pourvu qu’on soit enceinte ou avec une petite vessie.

On ne réalise pas quand on est riche que les rares jardins pour enfants sur peuplés remplis de gosses de riches qui poussent littéralement les pauvres sont hostiles.

On ne réalise pas que s’asseoir en terrasse est un privilège au vu des prix pratiqués, et que le combat pour l’accès au banc publics anti mendiant est âpre.

Les couvres feus anti jeunes (qui n’ont pas ni le pognon, ni l’âge pour aller dans les bars se torcher la yeule) sont aussi une mesure anti pauvre.

La ville nettoyée de ses pauvres, libérée, enfin accessible à ceux qui ont le droit, les riches locaux, et les riches étrangers (même jeunes) appelés touristes.

Pourtant, la bourgeoisie, championne sociale de l’évasion à la taxe, participe moins en proportion de ses revenus à la politique municipale, et on façonne la ville pour elle. Quelle injustice !

Et je dis ça, je suis pas handicapé.

Donc, le week end je ne sors plus, cantonné à mon quartier dortoir où rien n’est fait pour avoir des lieux conviviaux de fraîcheur sous les arbres, et si il y avait de tels lieux, il y a fort à parier que les schmidts passeraient polisser qui a vu de nez a le droit ou pas de lézarder.

Là encore, je suis pas à plaindre, je ne suis pas basané.

L’invisibilité politique

66% du peuple trié par les revenus décroissants n’est pas représenté à l’Assemblée

Vous vous souvenez des pronétaires autrement dit les nouveaux prolos déclassés des professions intellectuelles ?

Et bien ce sont eux qui trustent les appareils des partis politiques, et qui sont sur-représentés parmi les candidats

Là encore la politique est un apartheid

Là encore, il y a une sensation d’apartheid, d’apartheid car les classes populaires sont barrées des partis de gauche, gauche dont le fond de commerce est sensé être la lutte des classes. Mais, ces fameux néo-prolos qui sont de la fabrique bourgeoise, et bourgeois en inconscient collectif ne peuvent se résoudre à un projet social vraiment de gauche consistant à éradiquer la bourgeoisie, c’est à dire le milieu qu’ils aspirent à rejoindre.

Cette interprétation de la gauche radicale que j’expose n’est pas celle de Marx, mais, étant dans les vieux pots que l’on fait les meilleures confitures, l’interprétation de la Bible par Thomas Müntzer. Interprétation qui va être à l’origine de la guerre des paysans allemands, évènement qui va être restitué par Engels. Là où le communisme chrétien part comme un feu de paille populaire sans clergé, Marx embourgeoise la théologie de la Révolution compréhensible par le péquin, basé sur un livre écrit en langue vulgaire, en en faisant un pavé pour intellos.

Et même si j’ai pas eu l’illumination qui donne la Foi en tant que pronétaire qui m’a permis de voir Dieu et de rejoindre les brebis égarées qui vont au Temple en troupeau le dimanche, en tant qu’ex pronétaire (informaticien), avec la mort d’Édouard j’ai eu un moment qui a questionné ma Vie et son déroulement.

J’ai eu perdu mon Humanité à être mon propre patron, dans un milieu -celui de l’informatique- qui est un milieu bourgeois ; les inégalités y sont extrêmes et l’on continue à vous faire chier sur le diplôme même avec 15 ans d’ancienneté. Diplôme. J’ai eu ma révélation ; la révélation qu’Édouard et moi faisions parti du bas d’une échelle sociale dans un milieu particulièrement inégalitaire, tous deux victimes de notre métier.

Et depuis, j’ai envie de tout cramer que ce soit l’apocalypse pour les riches, et de bâtir sur les cendre de l’ancien monde le paradis sur terre pour les pauvres. Dieu est absent de l’illumination Müntzérienne que j’ai eu, mais sa théologie de la Révolution touche une corde.

Et dans ce futur, il manque une pièce au puzzle : une représentation politique des pauvres.

Et il faut admettre que le privilège de classe qui reste au pronétaire outre la reproduction sociale, est l’accès démesuré par rapport à leur nombre à la tribune publique ainsi qu’au militantisme politique.

On a donc une classe sociale de négateur de la lutte des classes, qui monopolisent la parole ; on dirait bourgesplaining pour se la jouer à l’anglaise ou le vol de la parole populaire pour se la jouer français.

Et, quand tu es concerné, c’est insupportable, j’en viens à avoir de l’empathie pour les voteurs volés de la représentation à vouloir exercer un vote punitif.

Malheureusement, les anti systèmes sont là encore des bourges de première et voter pour eux ne ferait qu’empirer le système. Je n’ai trouvé qu’une issue qui m’apaise : l’abstention.

Le biais dans le choix des candidats et programme de tout le spectre politique français ne profite qu’à une classe sociale : la bourgeoisie. Ce n’est pas le futur que je souhaite, et je refuse de légitimer par le vote une telle mascarade.

Tant qu’a être invisibilisé de l’espace politique et des tribunes, je vais jusqu’au bout du raisonnement, je disparaîs de mon propre chef de ce jeu de dupes.

L’apartheid culturel

Être absent des œuvres culturelles est une chose, mais avez vous noté comment la langue française dans les dicos bourgeois connote tout ce qui est en faveur du populo de connotations péjoratives ?

Tiens prenez le dictionnaire neutre wikitionaire.

Prenons l’entrée populisme :

(Politique) Discours politique favorable aux classes défavorisées, et souvent hostile aux élites.

La bourgeoisie qui bénéficie de la surexposition publique change le sens du mot dans les extraits illustratifs et lui donne un tournant péjoratif ex :

Mais le populisme est un récit idéologique qui se met à l’abri des atteintes de la réalité, et se fonde sur la désignation d’un ennemi affublé de tous les vices, les élites du savoir et de la compétence. — (La lettre politique de Laurent Joffrin, « États-Unis : la faillite populiste », dans Libération du 8 avril 2020)

Évidemment, que les classes défavorisées sont par le fait des choses le jouet des élites favorisées, baka, c’est la lutte entre les riches et les pauvres.

Les classes défavorisées n’ont pas pour ennemi les gens du savoir et de la compétence, elles aspirent comme dans le logiciel libre a être parti prenante du savoir et de la compétence.

Le mépris de classe que l’on retrouve dans nos dictionnaires, est partout dans la société avec l’interiorisation du fait que le pauvre c’est caca.

Combien de parents d’élèves disent à leurs enfants qu’untel ou unetelle n’est pas bienvenu sur des critères sociaux, comme quoi ça pourrait avoir une mauvaise influence ?

Exclus par la culture, exclus de la politique, des médias, des réseaux sociaux, des termes positifs de la langue, comme si dire de quelqu’un qu’il est populo était dire d’une personne qu’elle était nègre, exclus de l’espace publique …

Ce n’est pas un apartheid comme métaphore, c’est un apartheid réel et dur.